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La météo du Trophée
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| par Sylvain Mondon |
| Météorologue et prévisioniste pour la sécurité en mer chez Météo France, Sylvain Mondon exerce sa science du routage chez
Météo France depuis 1993.
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Bilan météo de la cinquième semaine de navigation
De la dépression Pacifique à l'anticyclone AtlantiqueLa cinquième semaine de mer pour Groupama 3 commence en même temps que le mois de mars, alors qu'il reste un tiers de Pacifique
à traverser pour atteindre le fameux Cap Horn (dernière marque de parcours avant Ouessant).
Mais la tâche ne sera
pas aisée, car la puissante perturbation qui s'est formée le long des côtes Est Australiennes, le dernier week-end de février,
traverse le Pacifique à une vitesse de 45 noeuds. Les vents, dans le coeur de ce système, sont violents et la mer y est
très formée. Après avoir envisagé un temps de faire la route en avant de ce système, lorsque sa vitesse était prévue moins
importante, Franck Cammas et son équipage sont contraints d'adopter une stratégie plus conservatrice en obliquant vers le
nord-est. L'objectif de cet écart de route est de laisser passer le mauvais temps (rafales à 60/65nds et creux de 8 à 9m)
suffisamment loin dans leur sud avant de reprendre une route vers le Cap Horn à l'arrière de ce système.
C'est
une course contre les éléments qui s'engage alors, avec un timing très serré pour réussir cette opération. Mais Franck
Cammas et son équipage savent qu'ils n'ont pas le choix. Malgré la difficulté de la tache, la réussite est impérative ! En
effet, en navigant à l'arrière de la zone de mauvais temps, la marge est très réduite avant que l'influence du système suivant
ne se fasse sentir par l'intermédiaire de vents très faibles et contraires.
L'opération durera quatre jours pendant
lesquels Groupama 3 montre toutes ses qualités dans du vent fort (30/35nds rafales 40nds) au portant et de la mer formée (5
à 7m de creux). L'opération est un succès puisque jeudi en milieu de journée les vents commencent à mollir, la mer à se calmer,
lorsque Groupama 3 croise au sud de l'île Diego Ramirez peu avant de franchir la longitude du Cap Horn. Le temps de traversée
de l'océan pacifique est remarquable et donne la mesure de la performance avec seulement 59 minutes de plus que le records
d'Orange II, de Bruno Peyron, établi en 2005 sur ce tronçon. Franck Cammas et son équipage réalisent une véritable prouesse
compte tenu des conditions peu favorables du dernier tiers du parcours.
Une fois l'extrémité sud du continent sud-américain
atteinte, le vent mollissant et refusant fini par rattraper le trimaran Géant. Le recalage en tribord amure vers le nord devient
obligatoire approximativement à la longitude du Cap Horn. C'est ainsi que le premier bord dans l'Atlantique sud rapproche
Groupama 3 de la terre pour leur offrir un magnifique spectacle en fin de journée de jeudi 4 mars. Le virement suivant marque
le début d'une longue phase de navigation au près, parfois débridé, pour le premier quart du "sprint final".
En
effet, les conditions météo rencontrées sur l'Atlantique n'offrent pas la possibilité de réaliser des vitesses aussi élevées
qu'avait pu tenir Orange II pendant plusieurs jours au même endroit en 2005. Néanmoins les performances de Groupama 3, mené
par un équipage déterminé, permettent de réaliser ce long bord en bâbord amure plutôt efficace. Les vents oscillants entre
le Nord et le Nord-Ouest, en bordure de l'anticyclone qui se décale vers le centre de l'Atlantique sud, permettent de maintenir
des vitesses moyennes régulièrement supérieures à 18 noeuds et un cap très rapprochant.
L'avance sur Orange II de
150 milles à la sortie du Pacifique se transforme en un retard de 350 milles lundi 8 mars au soir. Mais cet écart aurait
pu être bien plus élevé si Franck Cammas et son équipage n'avaient pas exploité au mieux le potentiel de Groupama 3 en bordure
d'anticyclone, entre dimanche 7 au soir et lundi 8 après-midi, en une série de nombreux virements. Ces multiples manoeuvres
permettent de s'extraire de l'influence de l'anticyclone et surtout de se positionner au mieux pour la gestion de la difficulté
suivante, au large du Brésil, déterminante pour la suite du parcours.
Sylvain Mondon Ingénieur
Météorologue Prévisionniste Marine Météo-France
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