En stand-by depuis près d'un mois, l'équipage de Groupama 3 observe avec attention toute situation météorologique favorable
pour s'élancer sur le record du Trophée Jules Verne détenu depuis 2005 par Orange II (50j 16h 20'). Les dix hommes patientent
mais en profitent aussi pour réviser leurs gammes...
En ce mercredi 9 janvier plutôt ensoleillé, l'équipage de Groupama 3 s'est retrouvé pour une sortie en mer en direction
de Penmarc'h puis de Belle-Île avant de retourner à la base des sous-marins de Lorient. Plus d'une centaine de milles vite
avalés dans un flux d'Ouest modéré de 15 à 18 noeuds qui permettait au trimaran de flirter avec les 33 noeuds, et à l'équipage
de se rassembler autour de Franck Cammas pour une série de manoeuvres. Du près, du débridé, du portant, des changements de
voiles, des réglages à affiner, des sensations à la barre à retrouver : sur une belle houle atlantique, les hommes ont pu
« réviser leurs devoirs » en attendant la « composition » du Trophée Jules Verne... Les conditions de navigation étaient excellentes
pour consolider le ciment de l'équipage et visualiser le comportement du bateau tout en validant les réparations effectuées
sur les foils.
Un petit tour en attendant le grand...
« Belle sortie : c'était la deuxième fois que je naviguais sur Groupama 3 et à défaut de faire le tour du monde, nous
avons fait le tour des Glénan... Cette sortie nous a permis de valider les foils qui ont été refaits suite à un problème d'adhérence
de la peau extérieure en carbone sur la mousse. Et puis c'est bien d'aller sur l'eau pour conserver nos automatismes, pour
réviser les manoeuvres, pour se remémorer le plan de pont ! Comme le stand-by perdure, l'attente est longue et la pression
redescend : cette journée en mer nous a aussi permis de nous revoir presque tous (à l'exception du Sud-Africain Jan Dekker
et du Suisse Steve Ravussin) mais cela commence à nous démanger de partir... Orange II était parti fin janvier en 2005 et
donc, nous ne sommes pas hors temps ! » indiquait Jacques Caraës, l'un des trois équipiers d'avant (n°1) de Groupama
3.
Une attente qui impose de conserver la motivation, la forme physique et demande de la patience pour rester vigilant
à la moindre ouverture météorologique comme l'explique Frédéric Le Peutrec : « Il faut rester en alerte, être prêt physiquement
et mentalement. Je fais donc du sport régulièrement, j'essaye de bien manger et de bien dormir pour accumuler de l'énergie
avant le départ. Je prends les prévisions météo tous les matins pour suivre l'évolution et savoir s'il y a une ouverture possible
dans la semaine à venir. J'en profite aussi pour suivre ceux qui font le tour du monde en ce moment : Francis Joyon et les
duos de la Barcelona World Race, parce que cela permet de se mettre en condition, d'appréhender les mers du Sud, de se projeter
dans notre futur quotidien... »
Patience est mère de sûreté
Mais ces jours qui s'enchaînent sans offrir d'opportunité de départ ne sont pas simples à gérer au quotidien comme le remarque
Ronan Le Goff, revenu du Brésil il y a dix jours : « Ce n'est pas très facile ni très agréable d'attendre, surtout pour
moi qui est plutôt installé au Brésil l'hiver... Mais c'était déjà le même cas de figure pour le record d'Orange II ! Il faut
trouver la bonne « fenêtre météo » avant de s'y engouffrer et pour l'instant, nous sommes encore dans la bonne période pour
partir vers les mers du Sud. Nous sommes un peu bloqués parce que nous ne pouvons rien prévoir ni faire à plus de trois jours
d'avance puisqu'il faut pouvoir être opérationnels très rapidement dès qu'on passe en Code Orange... »
L'attente
se prolongera donc ces jours prochains car le train de dépressions qui balaye l'Atlantique n'en finit pas et le vent reste
calé entre le Sud et l'Ouest sans jamais passer suffisamment longtemps au secteur Nord, ce qui permettrait un départ rapide
de Ouessant... Les prévisions à moyen terme indiquent qu'il n'y aura pas de « fenêtre météo » ouverte avant le milieu de la
semaine prochaine...